En lisant "Du principe de l’art et de sa destination sociale" de Pierre-Joseph Proudhon, philosophe natif de Besançon, je fus très intéressé par ce passage ou, il convoque la photographie pour prouver l'inséparabilité des deux termes Réalisme et Idéalisme.

"Prouvons d'abord l'inséparabilité des deux termes.
Prenez chez le boucher voisin un quartier d'animal tué, boeuf, porc ou mouton ; placez-le devant une lunette, de manière à en recevoir l'image renversée derrière la lunette, dans une chambre obscure, sur une plaque de métal iodurée : cette image tracée par la lumière est évidemment, en tant qu'image et au point de vue de l'art, tout ce que vous pouvez imaginer de plus réaliste. Il s'agit d'un corps mort, dépecé, bloc de viande informe ; quant à l'image obtenue, elle est le fait d'un agent naturel, que le photographe a su mettre enjeu, mais dans l'action duquel il n'entre lui-même pour rien. Qui peut ici éveiller le sentiment esthétique ? où est l'idéal ?
Pourtant il est certain que ce réalisme n'est pas dépourvu de tout idéal, ni impuissant à éveiller en nous la moindre étincelle esthétique : car, sans compter le boucher et la cuisinière, qui savent fort bien dire : Voilà de belle ou de vilaine viande, et qui s'y connaissent ; sans compter le gastronome, qui n'est pas non plus insensible à la chose, il y a ici le fait même de l'oeuvre photographique, l'un des phénomènes les plus merveilleux qu'il nous soit donné d'observer dans l'univers. Dites, si vous voulez, que le sentiment esthétique éveillé par cette représentation d'un quartier de boeuf est le plus bas degré que nous puissions observer de l'idéal, celui qui est immédiatement au-dessus de zéro ; mais ne dites pas que l'idéal fait ici absolument défaut : vous seriez démenti par le sentiment universel."

Intéressant de noter que Proudhon parle d'oeuvre photographique et que malgré le réalisme de la photo, elle possède de l'idéal.