Combien coûte une photo qui a été prise sans qu'il y ait eu commande ?
C'est un cas courant dans l'illustration, que ce soit pour des calendriers, des prospectus ou des sites internet.

Pour obtenir les photos dont ils ont besoin, les éditeurs s'adressent souvent à des personnes dont la photographie n'est pas le gagne-pain. Ces "non-professionnels", dans le sens où cette activité n'est pas celle qui leur permet de payer leur loyer et leur nourriture, acceptent souvent de donner leur photo sans compensation ou pour les honneurs d'avoir leur photo publiée.

Ils ont une photo dans une boîte ou sur un disque dur, ils l'ont mise sur un blog, envoyée à des amis, mais pour eux, la photo n'a pas beaucoup de valeur.

Eh bien, non !

Si un éditeur utilise une image et pas une autre, c'est que la photo a une valeur. Si ce n'était pas le cas, il n'aurait pas choisi cette photo. Elle a une valeur pour lui, par rapport à son projet, à son objectif, à son but. C'est cette photo qui va lui permettre d'attirer l'attention sur ce qu'il vend, c'est cette photo qui va rendre plus attrayante, plus agréable sa publication. Cette photo va contribuer à sa conquête de nouveaux adhérents, de nouveaux électeurs. Le photographe doit-il rester à l'écart de ce profit ?

On va me répondre que puisque la photo existe, il n'y a pas lieu de la payer. Très bien, demain quand j'irai chez mon boulanger, je lui dirai "votre baguette existe donc je ne vous la paye pas !".

D'autres diront, mais la photo est un loisir pour ce monsieur, il n'y a donc pas lieu de le payer. Allons donc ! Et bien, puisque vous aimez faire la cuisine, je vous embauche dans mon restaurant et je ne vous paye pas. Puisque vous aimez bricoler, je vous embauche dans mon entreprise de bâtiment et je ne vous paye pas. Puisque vous aimez réparer des voitures, venez travailler gratuitement dans mon garage.

On me dira que puisqu'on la paye, on peut l'utiliser autant qu'on veut car elle a été achetée. Mais là, ce qui est acheté dans une photo, c'est simplement le droit de l'utiliser. C'est une "location". Comparons avec une voiture, je loue une voiture pour une journée, je ne dis pas au loueur "j'ai payé donc je garde la voiture pour l'utiliser toujours et comme je veux". Le prix que je vais payer pour acheter une voiture et sans commune mesure avec le prix de la location.

Admettons que l'éditeur ne soit pas pingre et qu'il veuille avoir le droit d'utiliser une photo autant de fois qu'il veut. Combien devra-t-il payer ? Admettons aussi que cet éditeur ne gagne rien sur cette utilisation. Bref un riche et pur esthète qui par générosité veut montrer de belles photos aux gens. Il veut aussi rémunérer le travail du photographe au juste prix. Combien devra-t-il lui donner ?
Faisons la liste des questions à se poser pour faire le calcul.

Combien de temps passe un photographe en prise de vues pour réussir une bonne photo d'illustration ? Combien de temps passe-t-il chez lui à faire le tri et la post-production de ces images ? Combien de temps pour l'archivage ? Combien de temps pour se faire connaître ? Combien a-t-il dépensé pour se déplacer ? Combien lui coûte son matériel ? Combien lui coûte son local, le chauffage de celui-ci ?
Comme ce photographe n'est pas un fraudeur, combien pour les charges sociales et taxes diverses ?

Le calcul est fait, cette somme est connue, appelons la S.

Admettons que l'éditeur change d'avis et veuille utiliser cette photo une seule fois sur son site internet, et ne souhaite pas d'autre utilisation. Combien pour cela ? Cette bonne photo ne sera certainement publiée qu'une seule fois. Peut-être deux ou trois fois, allons jusqu'à 100 fois. Pour que le photographe soit justement rémunéré, un mode de calcul est de prendre la somme S et de la diviser par le nombre de fois où cette image est publiée.

Je vous laisse faire le calcul. Tout le monde peut faire ce calcul, car tout le monde fait des photos. Il suffit simplement de déterminer le nombre de bonnes photos qui pourraient intéresser un éditeur et le temps passé à faire des clichés, les bons et les mauvais.

Et là surprise, la somme obtenue est importante et sans commune mesure avec le prix du concours offert par tel ou tel organisme, sans commune mesure avec les tarifs des microstocks, ces banques d'images lowcost.
Et sans commune mesure avec la rémunération que ne donnent pas ceux qui publient des images sans autorisation !

Que tous ceux qui pensent qu'une photo ne doit pas être payée, me contactent, c'est chez eux que j'irai chercher mon pain, faire réparer ma voiture, manger, m'habiller, etc.