Lorsque j'étais étudiant, nos professeurs nous rabrouaient lorsque nous apportions des photos de détail. Ils nous disaient que cela était trop facile, qu'il fallait photographier l'ensemble et pas se focaliser sur un seul élément. Photographier l'ensemble suppose une travail d'organisation des éléments dans le cadre, ce qui est un vrai acte photographique.

Je pense souvent à cela quand je constate l'engouement que suscite la macro ou plus exactement la proxiphotographie. La macro était auparavant une photographie très technique. Avec l'arrivée des appareils numériques, des capteurs donnant un petit format image, des objectifs pas très chers et des multiples automatismes, il est devenu assez facile de faire des photos de près. L'attrait pour les fleurs, la possibilité d'avoir des couleurs, donnent très vite des images séduisantes. Mais voilà, ce ne sont que des images séductrices, des chromos un peu kitsch.

Malheureusement, dans cette abondance de petites fleurs et de gouttes d'eau qui envahissent les sites de photos, bien peu atteignent la puissance des photos de Karl Blossfeldt ou d'Edward Weston. Ces deux photographes sont les rares qui ont su sublimer la photographie de plantes.

Il existe parmi les amateurs de photos de petites fleurs, une catégorie intéressante, c'est celle des botanistes qui fabriquent consciencieusement un herbier. En tant que collectionneur, ils ne cherchent pas l'effet esthétisant. Ils souhaitent avoir une bonne photo pour bien montrer les caractéristiques de la plante. Ils se rapprochent ainsi des photographes qui ont travaillé sur l'idée du catalogue, comme Moulène (24 objets de grève), les Becher et leurs élèves de l'école de Dusseldorf, mais aussi les conceptuels comme Sol Lewitt (Photogrids, 1977). L'absence de volonté esthétisante rend cette photographie passionnante lorsque la masse d'images devient importante. On revient ainsi à l'ensemble qui prime sur le détail. Il existe d'autres variantes à celle du botaniste photographe : l'entomologiste, le lithophiliste, le minéralophile, le conchyophile ... La collection a un rapport étroit avec la photographie, un numéro de La Recherche Photographique traitait ce sujet (n°10, juin1991). Si on ne peut pas trouver cette revue, dans une bibliothèque, on peut cependant lire l'article de Jean-Louis Boissier, « La collection à l’œuvre », publié dans ce numéro 10.

PS : J'ai bien sûr fait ce genre d'images esthétisantes pour en avoir dans mon book, réflexe de professionnel cherchant à montrer son habileté technique, ci-dessous, en voici une pour illustrer mon article. Si elle est jolie, si beaucoup de personnes trouvent que cela est une belle photo, je ne pense pas avoir fait une bonne photo (à ce sujet, voir le billet "Belle ou bonne photo")

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